Non classé

Programme Thaïlande : sortir les femmes du cycle de la violence

By 24 août 2015 No Comments

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (2005), en Thaïlande, plus de 4 femmes sur 10 ont été victimes de violences physiques et ou sexuelles au moins une fois dans leur vie (44%), et plus de 2 femmes sur 10 ont subi ces violences au cours des 12 derniers mois (22%). Une étude réalisée par le Ministère de la Santé auprès de 631 hôpitaux rapporte qu’une une moyenne de 32,000 femmes et enfants se rendent dans les hôpitaux thaïlandais chaque jour pour recevoir des soins à la suite de violences domestiques.

Seule une minorité infime des cas est reportée à la police. La plupart des victimes gardent le silence sur ces violences subies par peur, par honte mais aussi par méconnaissance de leurs droits et des structures susceptibles de les aider (la moitié des victimes interrogées lors de l’enquête réalisée par l’OMS n’a jamais parlé de ces violences à personne).

Notre partenaire local  

Depuis plus de trente ans, l’Association pour la Promotion du Statut des Femmes (Association for Promotion of the Status of Women) plus connue sous l’acronyme « APSW » informe, accueille et accompagne les personnes victimes de violences. L’ONG thaïlandaise placée sous le parrainage royal de la princesse Soamsawali, est bien connue des organisations internationales onusiennes, des services publics et même des chauffeurs de taxis locaux.

Les femmes bénéficiaires

Les foyers de l’organisation, situés dans un environnement calme et verdoyant dans la banlieue nord de Bangkok, accueillent près d’une centaine de femmes et enfants par jour. L’association vient principalement en aide aux femmes victimes de violence domestique, aux victimes de viols ou d’inceste, aux adolescentes et femmes exposées à des grossesses non désirées et aux personnes séropositives. Ces femmes en situation de « crise » ont été abandonnées par leur famille, rejetées par leur communauté et sont dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.

« Quand une femme victime de violence conjugales décide de fuir son foyer, elle emmène ses enfants avec elle» explique Aroonee, directrice de l’organisation depuis près de 20 ans. Une crèche, une école maternelle et une école primaire ont donc été construites pour faciliter leur prise en charge. Certains enfants ont eux-mêmes été victimes de maltraitance, d’abus sexuels et d’abandon ; au centre, ils reçoivent l’aide d’éducateurs spécialisés qui œuvrent à leur réadaptation et réinsertion sociale ».

Un processus de reconstruction et la possibilité d’une nouvelle vie

Fragilisées par des années de violence et la décision de quitter leur conjoint (de manière temporaire ou définitive), les femmes ont besoin d’un espace où se reposer et se reconstruire en toute tranquillité et sécurité.

Pendant que les enfants font la sieste à la crèche, glissent sur le toboggan de la maternelle ou suivent un cours de mathématiques à l’école primaire, les femmes peuvent se consacrer à leur rétablissement physique et psychologique. Un bilan et suivi réalisé par des professionnels permet d’évaluer la situation de chaque femme et de lui proposer une thérapie et/ou une prise en charge adaptée à ses besoins. Des séances de thérapie individuelles et collectives, des ateliers d’art-thérapie (danse, musique, peinture) et des activités sportives (yoga, natation) sont organisées afin d’aider les victimes à surmonter les traumatismes qu’elles ont subis.

Enfin, quand les finances le permettent, le centre WE-TRAIN (Women’s Education and Training Centre) situé à quelques dizaines de mètres du foyer permet aux femmes qui le souhaitent de suivre des formations professionnelles gratuites dans des domaines aussi divers que la coiffure, la conduite, la cuisine, la couture ou encore la confection de vêtements. Soutenues par les travailleurs sociaux, les femmes peuvent aussi élaborer un projet professionnel qui leur permettra de répondre à leurs besoins économiques futurs.

« Craft your life » un projet pour l’autonomisation des femmes

Le projet né de la coopération entre APSW et Empow’Her s’inscrit dans ce processus d’émancipation économique et sociale (« empowerment » en anglais). Il vise à améliorer les formations en artisanat mises en place par l’association qui présentent de nombreuses insuffisances en raison d’un manque de ressources humaines et financières. En effet, former des femmes victimes de violences est un processus laborieux, long mais aussi coûteux.

Premièrement, certaines victimes souffrent de traumatismes psychologiques dues à la violence qu’elles ont subie et présentent des troubles émotionnels et des difficultés de concentration importantes. Deuxièmement, la plupart des femmes résidant dans les foyers ont un niveau de formation plutôt bas, certaines d’entre elles n’ont jamais travaillé et une minorité ne sait ni lire ni écrire. Enfin, le dernier défi à relever concerne la durée de leur séjour ; en raison des pressions sociales et familiales qui s’exercent sur elles, les résidentes du foyer peuvent être amenées à quitter le centre à tout moment et n’ont pas toujours le temps de suivre une formation professionnelle approfondie.

Après un mois passé à observer, analyser et à préciser les modalités de notre action, nous savons désormais qu’il est possible de mettre en place un programme de formation qui s’adressera à toutes les femmes, quelle que soit leur situation et leur durée de séjour moyennant un minimum de flexibilité. Notre solution ? Offrir une formation par produit.

Nous souhaitons mettre en place des ateliers courts et aisés pour les débutantes telle que la teinture de foulard, et des formations plus longues (plusieurs jours voire plusieurs semaines) pour les produits plus élaborés telles que la confection de sacs à main ou de porte-monnaie. Ainsi les participantes peuvent apprendre à réaliser au moins un objet d’artisanat de A à Z. Une fois qu’elles maîtrisent entièrement le processus de fabrication, elles peuvent suivre d’autres formations et acquérir de nouvelles compétences. En élargissant la gamme des produits et ateliers correspondants (teinture, bijouterie, couture, broderies), nous offrons à chacune d’entre elles un programme de formation personnalisé correspondant à ses besoins et à ses capacités.

Notre impact

Sur le court-terme, ces formations sont une véritable thérapie. Créer un objet d’artisanat de leurs propres mains est un processus valorisant qui permet aux femmes de retrouver confiance en elles. Sur le moyen-terme, elles renforcent leur sécurité économique car elles obtiennent une rémunération pour chaque objet réalisé. Enfin, sur le long-terme, elles sont assurées de trouver un emploi et d’avoir une source de revenus stables. L’association continue à recourir à leurs services une fois qu’elles sont rentrées chez elles, leur fournit le matériel nécessaire à la fabrication des produits et procède à l’achat et à la collecte des produits finis.

Leave a Reply