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Programme Burkina-Faso : des kits solaires pour lutter contre la pauvreté

By 24 avril 2015 No Comments

L’électricité est un puissant moyen de développement socio-économique et de lutte contre la pauvreté. Ces dernières années, la notion de « droit à l’électricité » s’est développée défendant ainsi l’idée que tous les êtres humains ont le droit d’accéder à la quantité d’énergie qui leur est nécessaire pour vivre décemment. Au Burkina Faso, peu ont accès à ce droit fondamental. Avec un taux d’accès à l’électricité de 13,1% sur la période 2010-2014 selon la Banque mondiale, ce sont trois ménages sur quatre qui vivent sans accès à l’électricité.

 La Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), dépassée par la constante augmentation de la demande (8% de croissance annuelle en 2012) n’a pas les ressources suffisantes pour couvrir la totalité du territoire.

Image satellite montrant l’éclairage dans le monde

Par ailleurs, la majorité de l’électricité produite provient des hydrocarbures qui polluent et pèsent sur la facture énergétique du pays entier. Mais le Burkina Faso possède un potentiel solaire exceptionnel et commence à tirer parti de cette source d’énergie gratuite et renouvelable. Grâce à ce potentiel et à des mesures politiques favorables, le marché de l’énergie solaire est en plein développement avec des entreprises qui investissent dans ce secteuret une diversification des produits disponibles.

Et c’est là, qu’Empow’Her intervient et participe à la diffusion de ces solutions innovantes pour l’accès à l’énergie tout en permettant de développer l’entrepreneuriat féminin, son cheval de bataille, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso.

Présentation des partenaires locaux

ASFODEVH est un réseau d’associations franco-africain créé en 1992, qui mène des projets de développement dans onze pays d’Afrique et qui vise à promouvoir le développement humain à travers l’échange de compétences, l’organisation de groupes d’études et de formations pour des groupes bénéficiaires. Crée en 1995, la cellule burkinabèe d’ASFODEVH rassemble tout un réseau de GIE de femmes qu’elle soutient par l’organisation de formations et par le partage des bonnes pratiques.

 Les kits solaires Station Energy

 D’un autre côté, Station Energy est une société d’ingénierie et de distribution de solutions solaires pour l’accès à l’énergie des zones isolées des pays en voie de développement. Elle commercialise des kits solaires, des accessoires de basse consommation, des systèmes de pompage, lampadaires et chambres froides solaires, des installations autonomes et a développé un concept de boutiques de services énergétiques. Créée en 2012, Station Energy est implantée dans trois pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Sénégal, Comores) et a ouvert sa filiale burkinabèe en 2013.

Cherchant à diversifier ses canaux de distribution et à soutenir l’entreprenariat féminin au Burkina, Station Energy collabore avec ASFODEVH en sollicitant trois groupes de femmes, membres de l’association, pour revendre des kits solaires et des accessoires de basse consommation dans leurs quartiers ou dans les zones non-loties de Ouagadougou.

Les groupes de femmes bénéficiaires

Trois groupes de femmes, membres d’ASFODEVH participent au projet de commercialisation de kits solaires : Masongo, Wend Denda et Baowend Som. Ces trois groupes sont très différents par leur taille, leurs activités et leur situation géographique.

Masongo est un groupement composé de 40 femmes, crée en 2000, qui se situe dans le quartier de Dassasgho. Le but originel, de Masongo qui veut dire « bonne mère » en mooré, la langue locale, est d’aider les filles-mères, mères célibataires ou veuves à travers la distribution de vêtements, de matériel scolaire et de vivres. Le groupe s’organisait autour de la transformation de produits locaux (pâte d’arachide et savon à l’huile de coco ou au karité), mais à cause de l’instabilité du cours de l’arachide, le groupe est tombé en faillite en 2013 et a dû cesser toutes ses activités. La commercialisation des kits solaires Station Energy sera donc l’occasion de relancer la vie du groupe et de lui permettre de générer à nouveau des revenus.

 Réunion de présentation du projet au groupe Wend Denda.

Crée en 2002, Wend Denda est un groupe composé de 30 femmes qui a pour objectif d’aider les femmes du quartier de Tampouy en sollicitant des prêts à la banque. Le groupe s’organise autour de la fabrication de savon, de pâte d’arachide et de farine. Le groupe effectue également des actions de sensibilisation sur la santé (paludisme et VIH/SIDA). La participation au projet Empow’Her permettra à Wend Denda de diversifier ses sources de revenus et d’améliorer les conditions de vie de ses membres.

Le troisième GIE est aussi le plus jeune, Baowend Som est né en 2011 mais compte déjà 102 membres à ZongoNaabitenga, zone non-lotie à 45 minutes du centre de Ouagadougou. Le groupe s’est formé pour lutter contre la pauvreté et aider à l’épanouissement de la femme et de l’enfant à travers la mise en place d’une mutuelle de solidarité. Contrairement aux deux autres groupes, Baowend Som n’a aucune production artisanale. Sa spécialité est l’organisation de campagnes de sensibilisation à la non-violence et à la gestion non-violente des conflits dans les écoles. La vente de kits solaires sera particulièrement intéressante au sein de ce groupe car la zone n’est pas desservie par la SONABEL et les kits Station Energy permettraient alors de fournir un accès à l’électricité à de nombreux foyers.

Les problèmes identifiés

Le principal problème qui se pose pour les femmes bénéficiaires du projet est leur manque d’autonomie financière. Les femmes membres des GIE sont issues de ménages à faibles revenus et n’ont généralement pas d’activités salariées ce qui limite leur capacité à répondre à leurs besoins. Les causes de cet état peuvent être divisées en trois sous-problèmes.

D’abord, les activités pratiquées sont peu rentables, elles ne permettent de dégager qu’un faible profit pour les productrices. Les produits artisanaux que fabriquent les groupes (savon, farine, pâte d’arachide) n’ont qu’une faible valeur ajoutée. La forte concurrence pour ces produits contribue également à tirer leurs prix vers le bas, réduisant encore la marge bénéficiaire des revendeuses. De plus, les activités des femmes sont sujettes à de nombreuses incertitudes au niveau de l’approvisionnement et de la vente. Les fluctuations du prix des matières premières rendent l’organisation des productions complexes. Le risque est grand de s’approvisionner à un coût élevé et de voir la marge anéantie par une baisse des coûts. Une autre incertitude concerne la vente des produits. En l’absence de circuits commerciaux sécurisés, les débouchés des produits sont fluctuants. La vente au détail peut prendre beaucoup de temps ralentissant l’enchainement des cycles de production. La vente en gros permet d’accélérer l’écoulement du stock mais les vendeuses des groupes sont en position de faiblesse lors des négociations avec les grossistes et revendeurs professionnels. Un dernier facteur du manque de rentabilité des activités est l’irrégularité du temps que les femmes peuvent consacrer aux productions collectives au sein du groupe. Leurs obligations domestiques et les productions irrégulières peuvent limiter le temps disponible pour le GIE et donc complexifier la production et la vente des produits.

 Réunion de présentation du projet au groupe Baowend Som.

Deuxièmement, les femmes bénéficiaires ont une faible capacité de diversification. Pour pallier les problèmes de rentabilité des activités, une solution pourrait être de diversifier les produits fabriqués au sein des groupes. Cependant, les membres des GIE n’ont que peu de compétences valorisables, différenciatrices et reproductibles à une échelle collective. Le recours à des formations dispensées par des ONG ou des administrations peut permettre d’acquérir de nouvelles compétences techniques, mais souvent le coût de ces formations les mets hors de portée des membres des GIE. Et de plus, bon nombre des stratégies de diversification envisagées (tissage, teinture, moulure de farine) nécessitent des investissements en matériel que les groupements n’ont pas les capacités de financer.

Enfin, l’autonomie financière des femmes souffre de la faiblesse économique des GIE. Ceux-ci ont avant tout une fonction sociale, c’est-à-dire qu’ils agissent comme caisse de solidarité collective. Ainsi, les cotisations mensuelles que les membres versent au groupe et les fonds de roulement sont souvent utilisés à des fins sociales, pour répondre à une urgence touchant des membres fragiles du groupe, plutôt que dans un but d’accroissement des moyens de production du GIE ou dans la mise en place d’une stratégie d’achat et de stockage rentable des matières premières (achat pendant la saison quand le cours est plus faible et, stockage et fabrication pendant le reste de l’année). Les cotisations sont également souvent faibles et / ou irrégulières afin d’impacter le moins possible les revenus des femmes. Cet état a des répercussions sur les capacités de développement des GIE, notamment pour acquérir les outils nécessaires à l’amélioration de ses capacités de production. Le fait de ne pas avoir de local notamment peut avoir un impact sur la cohésion du groupe et les conditions de fabrication des produits.

Le projet Empow’Her permettra donc de diversifier et d’augmenter les sources de revenus des groupements à travers l’implantation d’une nouvelle activité génératrice de revenus, la vente de kits solaires. Il leur apportera les connaissances et les compétences nécessaires à la mise en place de cette nouvelle activité mais également, celles nécessaires à l’amélioration de la gestion des autres activités du groupe.

Le projet

Le projet Empow’Her vise à accompagner ces trois GIE dans la commercialisation des kits solaires Station Energy. Le premier mois et demi de diagnostic nous a permis de faire connaissance avec les groupes de femmes, de comprendre leur fonctionnement et leurs difficultés et aussi, de mieux cerner les besoins et les attentes des différents partenaires locaux et de nous familiariser avec les produits Station Energy. Cette période d’observation nousaura aussi permis de formaliser l’accord qui lie les partenaires locaux et de développer le modèle de vente le plus adapté aux besoins de tou-te-s.

Nous sommes maintenant fin prêts à débuter les formations théoriques et pratiques qui permettront aux femmes des GIE d’acquérir les compétences nécessaires à la vente des kits. Quatre modules de formation seront organisés : formation technique aux produits Station Energy, formation marketing et techniques de vente, formation en gestion financière et enfin, une formation sur la vie associative.

Les responsables des GIE, les représentants ASFODEVH et Clément, l’un des deux volontaires Empow’Her lors de la réunion de lancement du projet.

Entre quinze et vingt femmes participeront à ces formations (soit cinq à sept femmes par GIE) qui seront données en français et en mooré. Afin d’assurer la transmission des connaissances au sein de chaque groupe et de s’assurer que les formations ont bien été intégrées par les femmes ayant assistées aux formations, celles-ci seront en charge de former, avec notre aide, les autres membres de leurs groupes lors de réunions de restitutions.

Les femmes pourront alors commencer à vendre les kits solaires dès la première formation technique sur les kits, et nous faire part de leurs expériences pour que l’on puisse ensuite adapter le contenu des formations et accompagner au mieux les femmes dans le processus de vente.

Les formations seront donc spécialement conçues pour permettre le développement de cette nouvelle activité de vente de kits solaires au sein des groupes. Elles seront aussi l’occasion d’aborder des thématiques plus générales comme la gestion financière et la vie associative du groupe qui permettront d’améliorer la gestion et l’organisation générale du GIE et de ses autres activités génératrices de revenus comme la transformation de produits locaux (pâte d’arachide, savon, farine).

L’impact

Sur le court-terme et moyen-terme, le projet permet aux femmes d’acquérir de nouvelles connaissances et compétencesen renforçant leurs capacités entrepreneuriales. Il leur permet également de mettre en place une nouvelle activité au sein de leur groupe et de générer des revenus qui leur permettront d’améliorer les conditions de vie de leurs familleset desoutenir financièrement leur groupe.

Sur le long-terme, le projet permet aux femmes d’être plus indépendantes financièrement et au groupe d’avoir d’avantage de fonds pour lui permettre d’assurer sa pérennité et de se développer par la location d’un local et/ou le financement de formations pour ses membres. Il participe également à l’amélioration et au renforcement des autres activitésgénératrices de revenus du groupe.

Du point de vue de la population ouagalaise, le projet leur permet d’avoir accès à une solution innovante, rentable et éco-friendlyd’accès à l’électricité améliorant ainsi leurs conditions de vie et leur situation socio-économique. Le projet soutient donc, à la fois, le développement économique de trois groupes de femmes, tout en faisant la promotion d’un produit qui répond aux besoins des populations locales.

 Présentation d’un kit solaire Station Energy auprès des femmes du groupe Masongo

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