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Rencontre inspirante : Aïcha Ech Chenna, son combat pour les mères célibataires au Maroc

By 25 juillet 2016 No Comments

Lors de notre visite au Maroc en avril dernier nous avions eu la chance de rencontrer Aïcha Ech-Chenna, la fondatrice et présidente de l’association marocaine Solidarité Féminine. Cet organisme accompagne et soutient les mères célibataires marocaines souvent marginalisées et démunies. Découvrez son témoignage.

Quel est le point de départ de la création de l’association ?

Pour Aïcha Ech-Chenna, l’aventure sociale d’aide aux mères célibataires commence en 1981, lors de sa rencontre avec une jeune fille…

« A l’époque, je travaille à la santé publique comme animatrice d’éducation sanitaire. Il est 17H30, comme presque tous les soirs, je termine le travail et me rends aux bureaux voisins de mes collègues assistantes sociales.
Là, je vois arriver une jeune fille d’apparence rurale, elle porte un châle et a les épaules repliées sur elle-même. Elle donne le sein à un petit garçon d’à peine quelques mois. A l’époque, je rentre tout juste de congé maternité et cela me bouleverse de voir cet enfant ayant quasiment le même âge que le mien.
Elle est ici parce que sa famille l’a mise à la rue suite à sa grossesse. Elle souhaite abandonner son bébé, l’assistante sociale lui présente alors le formulaire d’abandon. Il commence à faire tard et il faut se dépêcher. Je vois alors des mains se saisir du bébé toujours en train de téter, accroché au sein de sa mère… d’un coup sec et rageur la mère ôte la bouche de son enfant, le lait gicle sur son visage et il se met à crier.
Je sors de la pièce en cachant mes larmes…cette nuit là, je n’ai pas dormi et j’ai juré que plus jamais je ne voulais voir ça ».

C’est de cette rencontre et de bien d’autres que va naître l’ONG en 1985 !

De la prévention de la grossesse aux droits de l’enfant

À une époque où l’éducation sexuelle fait peur car les relations sont tabous, à l’arrivée d’une grossesse non désirée, beaucoup seront contraintes de se tourner vers l’avortement ou vers l’abandon de l’enfant. C’est pourquoi, il faut inculquer une culture de la prévention afin que les jeunes filles puissent être averties et donc se protéger contre les risques d’une grossesse prévient Aïcha. Concernant l’avortement, s’il est décidé par la mère et uniquement dans ce cas, il doit être accompagné afin d’assurer un suivi médical et surtout psychologique poursuit-elle.

Une fois l’enfant né, se pose alors la question de la reconnaissance garantissant ses droits. À l’époque, Aïcha s’indigne de l’existence d’une Maison des enfants abandonnés, et décide d’interpeller la ligue de protection de l’enfance afin d’oeuvrer pour une reconnaissance de ces enfants.

« En tant que militante, je tape un peu plus fort sur la société marocaine parce que je trouve inconcevable que l’on prépare une société ou les enfants n’ont pas d’identité connue ».

Ce discours sera repris publiquement, à la télé, à la radio et dans les universités. Petit à petit, le mouvement associatif va permettre de renforcer les droits de l’enfant à la naissance.

La nécessité d’actions concrètes pour l’association

« Une association, si elle ne fait pas d’actions concrètes, ne marche pas ».

Solidarité Féminine offre un cadre à des femmes rejetées par leurs familles et la société à cause d’une grossesse illégitime. Cela passe par une réhabilitation économique et sociale notamment à travers des formations qui permettent aux femmes une meilleure intégration sur le marché du travail marocain mais également du coaching et des ateliers de prise de confiance pour qu’elles prennent pleinement conscience de leur potentiel.

L’association mène également des actions de plaidoyer et de sensibilisation notamment dans les écoles et auprès des populations rurales pour promouvoir les droits humains. Un travail de longue haleine mais indispensable pour faire évoluer les mentalités.

« Notre grande réussite, a été d’entrer dans les foyers marocains, grâce aux médias ».

 

 

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